Infirmier et psychiatrie à domicile : quand l’innovation du terrain se heurte à l’inertie institutionnelle. 

Parcours et conviction : 20 ans d’engagement. 

Je suis infirmier depuis 1999. Après quelques années d’intérim où j’ai pu acquérir des expériences plurielles , j’ai exercé longtemps au sein d’un Foyer d’Accueil Médicalisé (FAM) spécialisé dans la prise en charge de psychoses lourdes, principalement la schizophrénie. Fort de cette expérience, je me suis installé en libéral en 2007 avec une ambition claire : proposer un véritable suivi à domicile pour les patients atteints de troubles mentaux. 

Aujourd’hui, deux sentiments m’animent : la fierté de voir que le terrain sait se structurer et innover, mais aussi la colère face à des règles institutionnelles et financières qui freinent notre action au quotidien. J’en veux plus. Plus de reconnaissance, plus de sécurité juridique et l’arrêt d’une forme de maltraitance institutionnelle. 

La preuve par le terrain : coopération et rigueur clinique 

Les solutions existent et émergent de la coopération entre professionnels. En tant que référent santé mentale au sein de la CPTS (Communauté Professionnelle Territoriale de Santé) du Pays de Lunel, j’ai le plaisir d’animer un groupe de travail dédié. 

Nous avons réussi à décloisonner les pratiques en réunissant l’ensemble des acteurs du territoire : 

* Le secteur psychiatrique : CMP, hôpital de jour, clinique privée. 

* Les soins de ville : médecins généralistes, infirmiers libéraux. 

* L’accompagnement global : acteurs des secteurs médico-social et social. 

Des projets concrets au service des patients : 

* Dépistage précoce de la dépression : Avec la CPTS, nous mettons en place un protocole de coopération entre infirmiers et médecins généralistes pour repérer les dépressions débutantes et intervenir avant toute dégradation. 

* Déprescription des benzodiazépines à la MSP de la Bénovie : Au sein de notre Maison de Santé Pluriprofessionnelle, nous avons structuré un parcours innovant. Le médecin généraliste m’oriente le patient pour un entretien infirmier d’évaluation. Je lui propose des alternatives non médicamenteuses financées par la MSP (acupuncture, hypnose, ostéopathie). Pendant que le médecin réduit progressivement le traitement, j’assure les entretiens de suivi et l’évaluation finale. 

Le mur financier : un travail de pointe rémunéré au rabais. 

Pourtant, dès que nous retournons dans nos cabinets et sur nos tournées individuelles, la réalité institutionnelle nous rattrape. 

La NGAP compte près d’une centaine d’actes et de cotations différents pour répondre à la diversité des pathologies et des soins infirmiers. Pourtant, une seule et unique cotation est spécifiquement dédiée à l’accompagnement et au suivi psychiatrique quotidien à domicile : l’AMI 1,2. 

Pour la prise en charge à domicile d’un patient psychiatrique, l’Assurance Maladie continue d’imposer cette cotation dérisoire : 

* AMI 1,2 : 3,78 € 

* MAU (Majoration d’acte unique) : 1,35 € 

par Nicolas Baudesseau, Infirmier libéral – Spé psychiatrie.

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